Corbel, P., Les relations progrès technique-emploi : le cas de l'industrie électronucléaire, thèse de doctorat en sciences de gestion sous la direction d'A. Maïsseu, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, septembre 2000
Le but de cette thèse est d’apporter un nouvel éclairage au problème des relations entre progrès technique et emploi. Elle vise à mieux comprendre les mécanismes en jeu de manière à ce qu’ils puissent être intégrés davantage en amont dans la stratégie technologique des entreprises. Dans cette optique, le Titre I combine donc des concepts et des outils historiques, économiques, sociologiques et de gestion des ressources humaines. Nous avons ainsi pu constater que ces approches convergeaient sur certains points clés : notamment un raisonnement en termes de systèmes techno-économiques et l’importance croissante du savoir. Nous tentons d’en analyser les conséquences potentielles pour la gestion des entreprises. Nous avons également élaboré une méthode permettant d’évaluer les effets sur l’emploi d’une nouvelle technologie à partir des effets de compensation engendrés par cette dernière, que nous avons appliqué à l’industrie électronucléaire. Si le modèle complet n’a pu être appliqué qu’à la France, une enquête menée au niveau mondial nous a permis de collecter des données permettant des comparaisons internationales. En plus de montrer qu’une industrie très capitalistique peut générer un grand nombre d’emplois, essentiellement indirects ou induits, ce qui rend leur évaluation d’autant plus délicate, cette étude montre qu’à partir du même choix technique de base, on peut aboutir à des situations très différentes en matière d’emploi en fonction de la stratégie suivie pour le mettre en œuvre.
La mise en œuvre de nouvelles technologies est un problème potentiellement difficile à gérer pour les entreprises. La technologie joue en effet sur la culture et l'identité d'une entreprise, mais aussi sur les compétences des individus qui la composent et donc sur les rapports de dépendance internes. L'introduction de nouvelles technologies est donc potentiellement génératrice d'angoisse. Or, des études ont montré que cette angoisse et les risques de dysfonctionnements associés étaient augmentés si des emplois étaient menacés. Alors qu'un large consensus se dégage autour du fait que les entreprises doivent actuellement faire face à des mutations technologiques profondes, comprendre les relations entre le progrès technique et l'emploi apparaît important pour mieux maîtriser la gestion des projets de mise en œuvre de nouvelles technologies. Le but de cette thèse est d'apporter un nouvel éclairage à ces relations.
L'introduction développe ces arguments en montrant pourquoi il est important pour les entreprises de bien comprendre ces relations alors même que l'abondance de la littérature disponible sur le sujet n'empêche pas les approches simplificatrices et partiales de prendre souvent le pas sur l'analyse approfondie des mécanismes en jeu. Elle présente également quelques précisions sur les termes progrès technique, invention, innovation et technologie. La thèse est composée de deux grands "titres", l'un visant à faire le point sur les connaissances existantes concernant les relations progrès technique-emploi, l'autre appliquant certaines des idées-clés relevées dans le Titre I au cas de l'industrie électronucléaire.
Le Titre I "Introduction aux principales problématiques des relations progrès technique-emploi" reprend les principales approches développées dans la littérature existante : la problématique historique, la problématique économique et la prise en compte des aspects qualitatifs. L’approche historique permet d'aborder le problème sous l'angle de la coïncidence éventuelle des périodes de mutation technologique et de chômage. On aboutit à une conclusion nuancée d'où il ressort notamment l'importance des liens entre croissance économique et évolutions techniques, ainsi que le concept de système technique. L’approche économique permet de développer les relations de compensation entre les destructions d'emplois "mécaniques" liée à l'augmentation de la productivité permise par l'introduction de nouvelles technologies et les effets de cette augmentation sur les salaires, les profits, les prix et le temps de travail. Des approches plus critiques, comme celle du courant marxiste, ou plus dynamiques, comme les approches schumpeterienne et post-schumpeterienne (évolutionniste) sont également abordées. Enfin, les conséquences qualitatives sont abordées en utilisant notamment une partie de l'abondante littérature sociologique et le sujet. Nous en tirons un certain nombre de conclusions sur le rôle de la fonction gestion des ressources humaines dans la mise en œuvre mais aussi l'élaboration de la stratégie technologique des entreprises. Le Titre I se termine par une "tentative de synthèse" qui insiste sur deux points fondamentaux de convergence : le raisonnement en termes de systèmes techno-économiques et le rôle central du facteur savoir, et sur leurs conséquences pour l'entreprise.
Le Titre II est divisé en deux grandes parties, l'une traitant de l'industrie électronucléaire mondiale et l'autre développant davantage le cas français. Les deux parties commencent par une présentation du contexte dans lequel évoluent les entreprises étudiées. Les industries productrices d'énergie ont en effet vu se succéder récemment des crises importantes, ainsi que des bouleversements technologiques et réglementaires considérables.
L'impact sur l'emploi (direct et indirect - à travers les principales variables de "compensation" développées dans le Titre I) est mesuré au niveau mondial à travers une enquête par questionnaire réalisée sur l'ensemble des centrales nucléaires dans le monde. Les réponses provenant aussi bien de centrales individuelles que de grands groupes possédant plusieurs centrales, les mesures habituelles en termes de taux de réponse n'ont pas grand sens. Les réponses couvrent un peu plus du tiers des réacteurs dans le monde et 40% des capacités. L'échantillon est assez représentatif en termes de filières technologiques et d'âge des centrales, mais souffre de quelques biais en termes géographiques. L'analyse de l'impact sur l'emploi, est différenciée en fonction des phases de la vie d'une centrale : construction, exploitation, arrêt et démantèlement. La qualité des données varie selon les phases mais permet de tirer quelques tendances intéressantes en termes de diversité des situations et d'évolution de l'impact au cours du cycle de vie. Il apparaît donc qu'une analyse en termes de moyennes mondiales est peu significative, ce qui conduit à la nécessité d'une analyse plus fine. De plus, les résultats varient d'une entreprise à l'autre utilisant des technologies similaires (i.e. la même filière technologique : réacteurs à eau sous pression, réacteurs à uranium naturel…). Une typologie des stratégies suivies par les acteurs des principaux pays utilisant l'énergie nucléaire est donc élaborée pour permettre une analyse de ces relations.
La seconde partie du Titre II se consacre essentiellement à une analyse plus approfondie du cas français. Un outil de mesure de l'impact sur l'emploi d'une nouvelle technologie, appelée méthode C/D, comme Compensation/Déversement est élaboré à partir des théories économiques de la compensation. Il est ensuite utilisé, couplé à la méthode input-output de Léontief, pour mesurer l'impact direct, indirect et induit de l'industrie électronucléaire en France. Les résultats sont présentés en fonction de l'utilisation qu'une entreprise (en l'occurrence EDF) pourrait faire d'un tel outil dans le cadre de la mise en œuvre d'une nouvelle technologie. L'impact global brut apparaît être de 100 000 à 120 000 emplois, dont seulement 20 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects. L'importance des emplois indirects et induits pose un problème particulier en termes de GPEC : comment gérer les effets de compensation si les effets positifs pour l'emploi se situent essentiellement à l'extérieur de l'entreprise qui introduit la technologie ?
La thèse se termine par une étude comparative, fondée sur les données obtenues par le questionnaire et sur d'autres documents (notamment des études approfondies sur les Etats-Unis et le Canada) pour tenter d'établir des liens entre la stratégie choisie et l'impact sur l'emploi. L'étude comparative approfondie de la France, des Etats-Unis, du Canada et du Japon permet d'isoler certains facteurs explicatifs : le choix de la filière technologique, mais également le degré d'intégration et de standardisation, ainsi que la volonté et la capacité des différents acteurs à exporter leurs technologies semblent avoir un impact significatif sur la quantité d'emplois créés.
Ce travail de recherche s'est donc traduit par l'élaboration d'un outil de prévision de l'impact quantitatif d'une technologie sur l'emploi susceptible d'être utilisé dans le cadre de systèmes de GPEC. Si certains aspects de l'impact qualitatif sont pris en compte dans l'étude de cas (au niveau mondial comme au niveau français), il ne le sont toutefois pas directement à travers l'outil de prévision, ce qui constitue l'une de ses principales limites.
L'étude de cas en elle même permet de confirmer certaines des tendances développées dans la littérature existante, mais aussi d'insister sur les aspects contingents de l'impact de l'introduction de nouvelles technologies. La stratégie technologique de l'entreprise semble en effet modifier les résultats obtenus, ce qui milite pour une prise en compte plus en amont dans le processus d'élaboration de la stratégie du problème de l'impact de l'introduction de nouvelles technologies sur l'emploi.
Cette thèse examine les relations complexes entre le progrès technique et l’emploi en adoptant une approche ancrée dans les sciences de gestion. L'auteur dépasse les clivages traditionnels pour proposer une synthèse pluridisciplinaire intégrant l'histoire, l'économie et la sociologie, tout en se focalisant sur le cadre de l'entreprise. L'étude analyse comment l'innovation technologique influence la stratégie concurrentielle, la gestion des ressources humaines et le climat social, souvent marqué par l'anxiété face au changement. Une attention particulière est portée à l'industrie électronucléaire française, utilisée comme cas concret pour valider un outil d'évaluation des impacts quantitatifs et qualitatifs sur le travail. En clarifiant les concepts de progrès technique et d'innovation, la thèse cherche à offrir aux dirigeants des leviers pour anticiper les mutations industrielles et concilier performance économique et facteur humain.
Ce texte académique analyse les interactions complexes entre le progrès technique, la croissance économique et l'emploi à travers une perspective historique et théorique. L'auteur mobilise les thèses de grands économistes comme Ricardo, Marx et Schumpeter pour examiner comment les systèmes techniques successifs modèlent les structures sociales et les niveaux de vie. L'étude souligne que si l'innovation de procédé détruit des postes à court terme, des mécanismes de compensation et l'innovation de produit favorisent globalement le développement sur le long terme. Le document accorde une importance cruciale au facteur savoir et à la gestion stratégique des ressources humaines pour accompagner ces mutations technologiques. Enfin, le secteur de l'énergie nucléaire est présenté comme un cas d'étude privilégié pour illustrer ces transformations qualitatives et quantitatives du travail moderne.
Cette thèse analyse la relation complexe entre le progrès technique et l’emploi au sein de l'industrie électronucléaire mondiale. L'auteur examine comment ce secteur, caractérisé par une intensité capitalistique élevée et des savoirs pointus, tente de répondre aux limites du système énergétique actuel fondé sur les ressources fossiles. Le texte explore les stratégies de diversification et de productivité adoptées par les entreprises face à la libéralisation des marchés et aux pressions écologiques croissantes. Enfin, l'étude s'appuie sur une enquête internationale pour évaluer l'impact qualitatif et quantitatif de ces technologies sur la main-d'œuvre et les compétences.
Cette partie porte plus particulièrement sur le contexte de développement du nucléaire et des marchés de l'énergie à la fin des années 1990.
Cette thèse analyse la stratégie technologique de la France dans la production d'électricité, en se concentrant sur le passage au nucléaire après les chocs pétroliers. L'auteur examine comment le quasi-monopole d'EDF a favorisé l'émergence d'une filière industrielle complète incluant des acteurs clés comme Framatome et Cogema. L'étude évalue l'impact économique et social de ce choix, notamment en matière de balance commerciale et de création d'emplois hautement qualifiés. Grâce à la méthode input-output, le texte démontre que le secteur électronucléaire génère environ 100 000 emplois directs et indirects sur le territoire national. Enfin, la thèse propose une comparaison internationale avec les modèles américain, canadien et japonais pour souligner les spécificités de la réussite française.
Cette conclusion de thèse examine l'influence du progrès technique sur l'emploi, en se focalisant sur le secteur nucléaire français. L'auteur y présente la méthode C/D (compensation/déversement), un outil conçu pour évaluer comment les innovations technologiques détruisent certains postes tout en créant de nombreux emplois indirects et induits. L'analyse démontre que l'industrie nucléaire, bien que très capitalistique, génère un équilibre positif entre compétitivité et travail grâce à une maîtrise technologique nationale et des effets d'entraînement sur l'économie. Malgré un contexte de mutation énergétique et de concurrence accrue, l'étude souligne que le savoir-faire acquis reste un atout stratégique majeur. En conclusion, l'auteur rappelle que le rôle de l'État et une communication efficace sont essentiels pour faire accepter ces technologies complexes par l'opinion publique.
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